
En ce moment j'habite en Israël. Il s'avère que j'aime bien parler le local.
Si j'avais habité en Suède j'aurais potassé la méthode Assimil ou le catalogue Ikéa jusqu'à ce que je puisse commander mon Hareng à l'aneth autrement qu'en Anglais.
Mais dans mon cas, point de hareng et point de Götmorgen, je suis à Jérusalem.
Cela fait 3 mois que je m'endors sur l'alphabet, sur les conjugaisons au masculin et au féminin et sur toutes les joliesses de cette nouvelle langue pas du tout morte.
Et me voici au centre commercial, en train de demander où sont les toilettes.
"éfo shéroutim?"
Trop fière. J'ai pas fait de faute. Le gars a compris.
Problème.
Il me répond.
En hébreu.
Oui, car ce qu'il faut accepter dans ce jeu c'est que quand on envoie la balle en hébreu on la rattrape aussi en hébreu.
Moi je sais dire "yachar". Ca veut dire "tout droit". Donc si les toilettes sont à droite ou à gauche je me fais pipi dessus.
Meeeuh non j'exagère, je peux aussi prendre ce ravissant spécimen local et l'emmener avec moi aux petits coins.
Bon, autre exemple.
Je suis dans un taxi.
Les taxis en Israël ont 2 façons de fixer les tarifs. Au compteur (bien caché derrière la boite de kleenex) ou à la tête du client. Pour la 2ème option, le prix de la course n'aura rien à voir avec la distance. Tout dépendra de votre accent.
Quand on débute il faut connaître: bonjour, au revoir, merci (parce que c'est la base de toutes les langues), mais aussi la phrase magique qui sert à aller partout sans avoir besoin de vendre un rein: "avec le compteur s'il vous plait".
Me voici donc dans le taxi en train de râler en hébreu contre un taxi qui voulait me la faire à l'envers.
-Ouiii le compteur est cassé, pour aller dans votre quartier de toutes façons on le met pas, blablabla...
-Non mais n'importe quoi. Eh mon gars, tu sais pas à qui tu parles. J'habite là depuis au moins 1 semaine ok!
Au final, non seulement il a pas bronché mais en plus il m'a fait un prix.
Qu'est-ce que vous voulez m'sieurs dames, la classe internationale on l'apprend pas dans les bouquins. On l'a épicétou. Pountobasta.
Donc voilà.
J'expérimente avec délice à 37 ans la version falafel de "Braïane iz ine de quitcheun". C'est assez cocasse. Je bois du jus d'orange alors que je suis convaincue d'avoir demandé des pommes. Tout va bien. On reste dans le comestible.
Je dis parfois n'importe quoi mais je n'ai encore insulté personne alors je continue.
Ceci dit, si j'utilise uniquement les phrases de la méthode Assimil, je vais devoir parler de volleyball et d'aéroport et ça va pas m'aider à remplir le frigo.
