vendredi 30 octobre 2009

J'ai la tête qui tourne

Chez moi il y a 2 poubelles. Une poubelle dégueu avec les morceaux de poulet, les fonds de yaourt et les cheveux de la brosse, et une poubelle clean avec les briques de lait, les bouteilles de jus et les journaux.
Mais pour faire comprendre aux passants qui passent que la poubelle clean doit rester clean et que les restes de shawarma sont priés de rejoindre les croûtes de fromages, j'ai fait un beau dessin:
J'ai peint le logo du recyclage sur le couvercle en fer de la poubelle. C'est tout à fait ravissant.
Toi qui lis avec attention ces quelques lignes, je suis sûre que tu as, à portée de main, un emballage qui porte ce logo: Les 2 flèches qui se reniflent.
Regarde les bien. Elles m'ont cassé la tête pendant des heures.
Je ne suis absolument pas latéralisée. Pour reconnaître ma droite de ma gauche je dois lever la main avec laquelle j'écris.
Je n'ai aucun sens de l'orientation ni de la perspective.
Si je tourne 2 fois dans une rue, dans 2 sens différents, j'ai toutes les chances de me perdre.
Alors 2 flèches qui se courent après à l'infini dans un cercle...
Rien que d'y penser j'ai envie de vomir.
Mais va savoir pourquoi, je m'embarque toujours dans ce genre de défi absolument pas fait pour moi.
Ici, le but du jeu c'est de faire en sorte que la flèche noire crée la flèche blanche par son absence.
En "défonce" ça s'appelle. N'importe quoi.
Enorme rigolage rien qu'à la lecture de l'énoncé du problème.
Mais qui est l'esprit tordu qui a accouché de cette idée bizarre?
Donc au delà d'un geste citoyen, c'est aussi un casse tête chinois et un exercice d'entraînement cérébral comme dirait le bon docteur Kawashima.
Je me lance, mes neurones me diront merci. S'ils s'en sortent vivants.
Au bout de 3245 essais je suis parvenue à un résultat acceptable.
J'adore mes flèches. La blanche est obèse, on a l'impression qu'elle se fiche éperdument de la noire, et leurs pointes sont complètement inégales. Un vrai travail de CM2.
Je ne pourrais jamais faire mieux. J'ai atteint le max de ma latéralisation.
Maintenant que j'ai fini mes devoirs d'EMT, je vais dîner chez mes amis.
C'est bien, je prends le periph, c'est toujours tout droit.


jeudi 29 octobre 2009

Explication de texte

Je comprends rien au rap français. Je parle même pas du rap américain parce que ça va trop vite.
Tout ce que je sais c'est que c'est une musique qui s'écoute le plus souvent dans une décapotable avec des filles en bikini dedans. Ou alors si la fille en bikini n'est pas dedans, c'est qu'elle est en train de laver le pare brise, mais ça ne m'aide toujours pas à comprendre les paroles.
Concernant le rap français, il y a des moments où je me demande si j'ai 112 ans ou si c'est eux qui devraient arrêter de sniffer la lessive.
Petite citation d'un "poème" affiché dans le métro. Car le rap est un poème et le métro est un endroit jeune qui s'exprime en jeune, pour les jeunes.
Pas pour moi donc.

Vous dites tchatche? Vous dites rap?
Je réponds d'acc! d'accord je marche.
Et rip à ra
et même rouf rouf à la roufade
Comme disait Henri Michaux
En pulsant ses mots de bas en haut
Bref je marche avec!

J'ai tordu ma cervelle dans tous les sens pour y trouver un sens justement. A part le rip qui pourrait être une allusion aux tombes américaines, je n'ai rien compris. D'ailleurs quel rapport avec ra, le Dieu Egyptien du soleil?
Et alors rouf rouf à la roufade, qui ressemble comme un frère à un rire de cochon, si quelqu'un a un indice...
En fait, j'aimerais vraiment savoir et dans ma quête infinie de la connaissance j'ai tenté une traduction, premier pas vers une explication de texte.
Je vous la livre tout de go.

Vous parlez de discours? Vous parlez de rap?
Je réponds d'accord, je réponds faisons une ballade.
Et que le soleil repose en paix.
Et même si les cochons rient bruyamment
Comme disait Henri Michaux
En vocce crescendo
Bref, je me ballade avec vous

Sauf que si on s'attarde sur Henri Michaux on comprends vite pourquoi les cochons rient bruyamment...
Donc mon interprétation est la suivante.
Ce poème raconte l'histoire d'un jeune homme qui se ballade avec un ou une ami(e).
Ensemble, ils dissertent de ce mouvement rhétorique qu'est le rap.
Mais le diaaaable s'insinue en eux, et très vite ils prennent de la droooogue. Alors leurs yeux se brouillent et ils ne voient plus l'éclat du soleil. Au lieu de ça, ils entendent des cochons qui rient à gorge de cochon déployée. Ils rient de plus en plus fort, les oreilles de nos amis vont tomber. Ils vont devoir courir nus dans la prairie pour les rattraper car elles s'en vont toutes seules en sautillant sur leur petites pattes d'oreilles. Et plus les cochons rient, plus nos amis s'enfoncent dans l'enfer de la drooooogue. Aaaahhh aaaaahhhh aaaaahhhhh.
Une charmante petite ballade en somme.

Toi aussi jeune lecteur (trice) amuse toi à traduire ce monument de la poésie moderne et n'hésite pas à m'en faire part. Je m'en réjouis déjà.



mardi 27 octobre 2009

Je suis certainement cinéphile car j'adore aller au cinéma

On a tous fait des paris avec le destin, du genre: "si le feu passe au vert avant que j'arrive à 10, ça veut dire que je vais vivre une grande histoire d'amour avec Viggo Mortensen".
En fait c'est truqué, il suffit de compter doucement, c'est tout. Viggo arrive, vous vous embrassez furieusement, bla bla bla... Trop facile.
Mais moi, hier soir, j'ai réalisé que je pouvais être heureuse sans tricher, et sans me droguer, pendant toute une soirée, juste en allant aux toilettes du cinéma.
Comment? Très simple.
J'ai fini le rouleau de PQ.
Absolument. No PQ for zi ozer lédiz.
Je suis la dernière qui a pu faire pipi dignement dans tout l'UGC Ciné Cité du forum des Halles.
Pour un coup d'essai, je pense qu'on peut dire sans se tromper que c'est un coup de maître, car il y a quand même 18 salles.
J'en suis bouffie d'orgueil.
Après moi ce ne fut plus que stupeur, indignation et panique. Parce qu'il faut bien se dire que quand on a les fesses à l'air, qu'on est dans un endroit assez peu accueillant bactériologiquement parlant, et qu'en plus il faut tenir écharpe, manteau et sac à main, et bien, dans ces conditions, c'est toujours assez énervants de tirer sur du carton.
Je ne m'étais jamais demandé ce que ça pouvait faire d'être celle qui termine le rouleau. C'est vrai ça, quelle étrange personne passerait son temps à se poser des questions pareilles?
Et bien maintenant que je le sais, je peux vous le dire: ça fait un peu comme dans les films d'action quand le héros coure super vite parce que les portes du sas de décompression vont se fermer.
"Attention Johnny, tu dois te jeter par terre et faire une double roulade latérale-inversée-vrillée, sinon tu vas être prisonnier pour l'éternité dans l'infini du cosmos spaciotemporel".
Alors Johnny n'écoute que son courage et il roule sous la porte du sas qui, oh suspens, se ferme presque sur sa veste. Tout se joue à la seconde près, mais il passe.
Voilà, ça fait à peu près ça.
L'effet de "Quelle frayeur mon Capitaine, on était à ça d'être dans une situation extrêmement compliquée, mais vous nous avez sauvés par ce que vous êtes vraiment le plus rapide des Capitaines de l'espace".
Un grand "ouf" quoi.
Sauf que personne a envie de faire une double roulade latérale-inversée-vrillée sous la porte des toilettes du ciné.
En sortant j'ai bien regardé la tête de la fille qui attendait derrière moi. Un grand hi hi hi a parcouru la totalité de mon corps. Et comme si j'avais besoin d'un cadeau supplémentaire, elle m'a souri, la péronnelle.
Soudain, je me suis sentie aussi supérieurement puissante qu'un gardien de parking avec un badge.
"Oui mademoiselle, moi j'ai eu du papier. Et toi t'en aura pas. Fallait être là avant. Elle va bien se tordre dans tous les sens pour trouver un p'tit kleenex ratatiné la demoiselle? Hein? Et voilàààà c'est comme çaaaa. "
Life's a bitch.

dimanche 25 octobre 2009

Spéculation escarpinatoire

J'ai repéré une paire d'escarpins à la fois indispensables et fantastiques. Ils ont un talon de 8cm très fin, très noir, très laqué et la chaussure est délicieusement léopard.
La même chaussure existe aussi en ballerine, ce qui serait la voix de la sagesse.
Mais qui écoute la voix de la sagesse?
Dans sa version escarpin, cette chaussure nous promet à toutes, monts et merveilles.
Elle nous ouvre directement les portes d'un cocktail très champagne et Martini Rosso.
Vous avez mis une petite robe noire toute simple (un fourreau à peine échancré dans le dos et très légèrement satiné. Une babiole en somme. Ah c'est du Saint Laurent? Non, j'te jure j'avais pas vu), et une goutte d'un parfum enchanteur parce que, ce qui fait toute la tenue c'est votre allure de princesse, et vos divins escarpins.
Juchées à 8cm au dessus du commun des mortels, vos jambes sont infinies et votre silhouette hypnotique.
Par conséquent, ce qui devait arriver arriva, et c'est du pas décidé de l'homme à qui on ne dit pas non, que Daniel Craig et Clive Owen s'avancent pour tenter de vous conquérir. Dussent-ils en venir aux mains.
Plouf plouf, ce sera toi qui me ra-ccom-pa-gne-ra.
Fantastique. C'est Clive qui gagne. Daniel est trop petit de toutes façons.
Vous rentrez chez vous, Clive ôte délicatement vos suprêmes souliers, puis s'envole. Ou pas.
Mais le lendemain, abracadabra, l'infini pouvoir de la parfaite chaussure agit encore.
Vous êtes invitée, en toute simplicité, au restaurant avec des amis.
Vous avez le gène de la classe. Clive et Daniel vous l'ont confirmé.
Donc vous savez que vos divins escarpins associés à votre jean du dimanche (celui qui vous fait un popotin incroyable), c'est un coup à faire tomber Seal au minimum.
Oui Madame, parce que même Heidi Klum est beaucoup moins époustouflante que vous, quand vous êtes chaussée de magie.
Et effectivement, vous êtes l'incarnation du sublime. Confiante et radieuse vous êtes drôle et spirituelle. Le restaurant entier vous admire et vous envie.
Tout le monde mange froid sauf vous.
Les femmes veulent être vous et les hommes veulent être avec vous.
Finalement, vous décidez, comme toutes les immenses stars, de quitter la scène au pic de votre gloire. Vous prenez donc un taxi sous les hourras de la foule, en prenant soin de ne rentrer votre merveilleux peton dans la voiture qu'à la toute fin de votre prestation.
Voilà, mais ça, c'est dans le monde féerique où il y a votre pointure dans le magasin.
En vrai vous continuez à jouer des cheveux et de la bottine en vous disant que Clive vous aimera aussi dans un style plus nature.
Et finalement ça vous rassure.


Sinon pour Noël, vous pouvez aussi ajouter une petite touche de doré.






samedi 24 octobre 2009

On ne sait que choisir, comme dirait Thérèse

J'adore le jeu des choix impossibles.
Est-ce que tu préfères manger ton caca ou perdre un bras?
Est-ce que tu préfères ne jamais ressentir l'amour ou que les gens ne t'aiment pas?
Est-ce que tu préfères être sourd ou aveugle?
Est-ce que tu préfères pardonner au pédophile ou à la maman qui congèle son bébé?
On est d'accord c'est complètement con.
Et bien quand on y réfléchit je crois que c'est pas si débile que ça finalement.
C'est sûr que se projeter dans la position d'un manchot ou d'un auto-bouffeur d'excréments, ne fait pas beaucoup avancer psychologiquement. Mais se poser la question de l'amour, de la privation des sens, ou du pardon, ça peut ouvrir des portes.
Certaines personnes ayant trouvé les mauvaises réponses se sont vu ouvrir les portes des prisons alors il faut quand même bien réfléchir.
Je crois que ce genre d'auto flagellation mentale mérite un énorme Oïchh, mais l'avantage c'est qu'après on se trouve affreusement et joyeusement normaux et c'est pas si mal.

jeudi 22 octobre 2009

Grillade express

Aujourd'hui, dans le métro, j'ai vu un jeune homme, grand, beau, bien habillé, bien coiffé, bon style, bonne tête. Tout bien. Il est calme, il lit le journal. Tout bien again.
Et soudain, c'est le drame. L'Apollon, éternue.
Non, mais franchement, c'est quoi cette farce?
Mais qu'est-ce qui lui est passé par la tête à Johnny be good?
C'est quoi l'idée de l'éternuement tremblement de terre dans la bouche d'un homme tout bien?
D'un seul coup, il vient de torpiller la belle image qu'il a du mettre des années à élaborer. De jeune homme so-cashmere il vient de passer à jeune bouseux urbano-déguisé.
Une tempête de miasmes et de décibels vient de pulvériser son aura.
Aura qu'il a du mettre des années à peaufiner devant sa glace. Passant du traitement pour l'acné, à l'appareil, puis au non-appareil dentaire, essayant toutes les longueurs de cheveux, cherchant les bonnes chaussures et le bon pantalon pour arriver enfin au cashmere.
C'est ballot tour de même.
Je ne peux pas m'empêcher de l'imaginer au resto avec la pauvre gazelle qui l'a connu au milieu de l'été.
Il a fait beau tous les jours, il n'a pas encore eu de vilain rhume. Son nez ne lui a servi qu'à respirer, et sa bouche ne s'est ouverte que pour lui dire des mots d'amour.
Bon, et un peu pour la bécotter aussi.
Mais là, nous sommes en Octobre. Catherine Laborde annonce un front froid et elle connaît bien son métier.
Bam. Gros rube.
Johnny va regarder sa gazelle, il va plisser les yeux, tenter de se retenir mais il va être obligé de se laisser aller.
Aaaaaatchhaaaa. L'air est sorti à 165 km/h et les décibels on les compte même pas.
Le restaurant entier s'est arrêté de parler et mademoiselle gazelle est figée.
Johnny va beaucoup mieux et bizarrement n'est pas gêné du tout. Il est soulagé, ravi, mais surtout, habitué.
Et c'est ça qui est formidable avec les éternueurs.
C'est qu'ils vous diront tous qu'ils n'y peuvent rien. Ils sont obligés d'éternuer comme ça. C'est tsunami ou rien. Tu as perdu une oreille, tu es grillée dans tout le quartier, les voisins menacent d'appeler les flics si Johnny éternue après 22h, mais, désolé ma chérie mon corps est fait comme ça.
C'est un affreux mensonge de flemmard.
C'est comme ceux qui font du bruit en mangeant en disant qu'ils ne peuvent vraiment pas faire autrement.
Ceci dit, c'est quand même bizarre parce que quand on les regarde fixement ils ferment automatiquement la bouche. On doit avoir des rayons lasers invisibles dans les pupilles, comme les robots de l'espace de l'an 2000 de quand on était petits.
Je vois que ça comme explication.
Quoi qu'il en soit, au rayon barbecue du charme, je crois que nous pouvons ranger, sans nous poser trop de questions, l'éternuement juste à côté des chaussettes blanches.

mercredi 21 octobre 2009

Le rêve américain

Ca change tout d'avoir une jeune fille au pair américaine. En gros, c'est la frime.
C'est toujours une étudiante souriante car heureuse de faire ses études "in iourope" et puis dans les dîners ça klaxonne un peu plus que de dire banalement "la nounou".
Ou alors il faudrait dire "la nanny" mais là il faut assumer un penchant pour le côté gardien de prison avec un serre tête en velours. C'est un style.
Il y a des endroits dans Paris où il est plus facile de rencontrer des jeunes filles au pair, d'autres où les nannys s'échangent volontiers leur meilleure recette de soupe de blettes, et enfin, dans la grande majorité des cas, il y a des centaines de squares où les nounous vissent leur fesses sur les bancs et attendent que ça passe.
J'étais hier au Champs de Mars.
Tour Eiffel, immeubles hausmanniens, les adultes se tiennent droits, jeune fille au pair de rigueur.
Pour mon plus grand plaisir l'une d'elle s'est assise à côté de moi.
Nous l'appellerons Britney parce que c'est bien ricain.
Et puis parce qu'il est maintenant prouvé qu'à tout moment, la gentille petite fiancée de l'Amérique peut péter les plombs et se raser la tête sous l'emprise de la coke, et ça me plaît beaucoup comme concept.
Donc Britney, ravissante rouquine d'environ 25 ans surveille Alix, charmante blondinette de 4 ans, tout en soutenant la discussion de la jeune mémé d'à côté que nous appellerons bêtement Germaine.
Britney comprend 1 mot sur 8 à ce que dit Germaine qui elle même ne comprend pas du tout l'anglais. Cette dernière lui parle donc en petit nègre.
"Moi inviter toi dans maison à moi". Britney fait mine de ne pas comprendre. Ils sont malins ces ricains.
Quand Alix arrive toute nimbée de l'auréole angélique que lui procure sa jeune chevelure blonde et bouclée, Britney dégaine immédiatement son flacon d'Assanis afin que la jeune princesse puisse manger son goûter à l'abri de la moindre bactérie.
Germaine cherche, ou plutôt entame des fouilles dans son sac, mais bizarrement, ne trouve qu'un vague kleenex qu'elle va mouiller avec un peu d'Evian. C'est bien aussi.
Main lavées. Goûter OK.
Les enfants repartent jouer en courant. Les garçons hurlent de toute leur jeune gorge. Et Alix... aussi.
Alix brandit un bâton et joue à la guerre avec Adrien et Côme. Une guerre very Champs de Mars, somme toute.
Elle coure comme une dératée avec ses baskets à fleurs qu'elle a mises à l'envers.
"Aàààààààà l'attaaaaaaque" rugit Alix
"Alix. No. Don't. Get back here. What are the rules? Look at your hands!" tempère Britney.
Nettoyage de mains, again. Remettage de barrette, fermeture du manteau qui part dans tous les sens. Beware Britney, Alix s'éparpille.
Alix repars en criant, tout juste un peu moins fort.
A ce moment là je me régalais déjà, mais en 1 seconde chrono, Germaine a déposé la cerise sur le pompon du gâteau.
Germaine: "Et Alix elle fait quoi le mercredi?"
Britney: "Hum, le matin, tennis, and on the eprè-midi, Ballet"
"Ballet", c'est ça qui fait LA différence.
Si Alix, va au Ballet, il faut savoir que toutes les petites princesses qui l'entourent, elles, vont à la danse. Au mieux, à leur cours de danse.
Conclusion, l'avantage majeur quand vous avez une jeune fille au pair américaine, c'est que votre fille, blondinette bouclinette, pourra toujours jouer à la guerre en vociférant comme une furieuse, et bien, quand elle ira faire le canard en tutu, on aura toujours l'impression qu'elle prépare le Bolchoï.

lundi 19 octobre 2009

Ascension sociable

Ma Maman habite dans un immeuble de 11 étages avec un parking sur 3 niveaux. Ce qui nous fait donc 15 paliers si on compte le rez de chaussée.

J'ai habité 24 ans dans cet immeuble. On peut dire que je fais partie des poutres. Je peux même tutoyer la fille du 10ème étant donné que je lui piquais ses gommes Charlotte aux Fraises quand on était petites.

Mais ce qui ne cesse de m'épater, et ce, dans tous les immeubles de France, c'est le silence religieux qui règne dans l'ascenseur.

Dans les constructions modernes, le réseau mobile s'arrête à la fermeture des portes. Impossible, donc de voyager avec un ami imaginaire.

La solution la plus prisée de tous, reste l'admirage de clef.

C'est fou comme nos clefs deviennent captivantes, envoûtantes, limite ensorcelantes, à la minute où elles prennent l'air de l'ascenseur. Maaaagie.

Waou, elles ont des petites dents, des grandes dents, des moyennes dents. Tiens, si je les comptais. Oooh, y'a même des p'tits trous sur celle là.

Je frime un peu parce que j'ai plusieurs clefs. C'est signe que j'ai plein de responsabilités et que je suis très riche. En tout cas, dans l'inconscient collectif. La maison, la boite aux lettres, le bip du hall, le local à vélo, la cave... Rien ne dit qu'il ne s'agit pas de l'hélico, du manoir et de l'écurie. Hyper responsable et hyper riche on vous dit.

A force de dire bonjour dans le vent, moi aussi je me suis changée en ectoplasme. Maintenant je suis imbattable en face de méduse quand quelqu'un entre dans la cabine. Grâce du mouvement: 20, émotion du visage: zéro, sympathie globale: moins 30.

Hop, levage de tête. 5ème étage.

Misère, je n'ai plus de clef à admirer. Mais..... j'ai un porte clef avec mon nom dessus!!! C'est tout simplement formidable. Je peux le lire, je peux retourner la plaque et voir Mickey. Youhouuuu.

J'ai du acheter ce porte clef quand j'avais 13 ans, quand j'étais partie aux Etats Unis avec mes parents. J'étais super contente d'avoir trouvé mon prénom. Trop la classe. Après, à Paris (que nous limiterons à mon quartier pour l'occasion), j'étais la seule à avoir un porte clef Mickey avec mon nom dessus. Forcément je l'ai gardé. Et forcément je l'admire pendant au moins 3 étages. Il vaut bien ça.

8ème étage. Quel dommage. On était si bien ensemble, à ne rien se dire. A s'ignorer dans un doux mélange de timidité, de gêne et d'impolitesse.

Peut-être qu'un jour j'oserais entrer dans l'ascenseur comme un GO du Club Med. "Bonjour ça vaaaa? " "Vous avez passé une bonne journéééééée?" "Queeeel étaaaaaage?" (en levant le doigt comme Travolta façon Fièvre du Samedi Soir) "Il est mignon votre chien, il s'appelle comment?" (en tendant ma baguette pour faire un micro). Mais il faudrait tenir le show pendant 8 étages devant un public surgelé tout en priant pour que l'ascenseur ne tombe pas en panne. Donc déconcentration de l'artiste. Donc impossible. Désolée.

Je ne serais pas celle qui guérira l'humain de sa non-envie de communiquer, de son dégoût envers son prochain, de son instinct de protection über développé.

Chacun dans sa bulle et les méduses seront bien gardées.

Le "ding", sonne le glas de notre isolement et nous prévient qu'il est temps de confronter nos regards. Les portes s'ouvrent. Je lève courageusement mes yeux, et j'ose:

"Au revoir."

Je rajoute même: "Bonne journée"

C'est mon côté bavarde.


Logique immo?

Je cherche un appartement.
Ou plutôt je cherche L'APPARTEMENT. Celui de ma nouvelle vie. De mon nouveau départ.
J'entre, un peu à reculons dans une agence immobilière.
Les agents immobiliers sont une source inépuisable de rigolade.
Ou d'énervement si on est très fatiguée.
Ce jour là, j'étais en mode rigolage.
Le jeune loup, entre mes "critères de recherche dans la base de données". Traduire: griffonne mes exigences au bic sur un papier.
Donc Madame, vous cherchez dans le quartier? Je me félicite déjà d'avoir poussé cette porte. Cet agent est un gagnant.
La totalité de mon être lui répond: si je cherchais à l'autre bout de Paris je ne serais pas devant toi, banane.
Au lieu de ça, d'humeur rieuse et un brin taquine, je lui offre un oui gracieux et souriant.
Vous vous agrandissez? Non, je me rétrécis.
Tête mi-désolée mi-paniquée de l'agent qui tel un athlète du quotidien, se ressaisit et saute directement au critère ascenseur.
Oui je souhaite un ascenseur. Ouf il a bon.
Mon poulain reprend du poil de la bête. Il s'aventure sur les terrains parking et travaux.
S'en suit une théorie sur l'ancien, le moderne et la population qui y vit.
Il est lancé, on l'a perdu.
Et là, formidable des formidables, il me demande si je souhaite un appartement clair. Je ne résiste pas au plaisir de lui demander s'il a beaucoup de clients qui cherchent à habiter dans des caves.
Retour de la tête panicodésolée.
Il tente une pirouette. Vous voulez du calme? Et là je sens qu'au moment où il finit sa phrase, il réalise tout seul comme un grand, que non, je ne souhaite vraiment pas habiter une cave sur le périph.
Fin de la corrida. SuperImmoman va me trouver une solution parfaitement adaptée à mon cas.
Moulinage de la base de donnée, fonctionnant en réseau, car j'ai affaire à une grande agence ayant des filiales dans toute la capitale.
Le suspens est insoutenable.
Et bien, Madame, je suis désolé, pour le moment nous n'avons rien à vous proposer.
Si vous voulez, vous pouvez nous laisser vos coordonnées et je vous appelle dès que j'entre quelque chose qui vous correspond.
D'accord, avec plaisir.
Vraiment.