lundi 16 mars 2015

On est pas bien là? A la fraîche, détendues des pieds?

J'ai découvert, une ère après tout le monde, l'espadrille Chanel. Cet étourdissement émotionnel, comme toutes les révélations tardives, se mesure au nombre d'années qui le précèdent. Sans dévoiler mon âge, je dirais juste qu'il commence par quarante et qu'il finit par un. Immense fût donc la joie.

Rappelons brièvement le patrimoine génétique de la cordeuse (amis dramaturges bonjour). Née en Espagne à l'époque où l'on mangeait uniquement bio parce que les pesticides n'existaient pas et que c'était mieux au XIVème siècle, l'espadrille fait partie d'un costume traditionnel totalement importable que même Olivier Rousteing n'arriverait pas à imposer à un frontow aux pommettes cousues main et dans l'impossibilité totale de sourire sous peine de fente anale. Puis on l'a vue aux pieds des pelotteurs basques, des boulistes sudistes, et des belotistes de tous bords. De la classe, du raffinement, de la tenue et jamais d'auréoles sous les bras. Jamais. Chanel la frondeuse s'est donc immédiatement engouffrée dans la brèche. 2 C qui se croisent c'est aussi 2 anneaux qui se retrouvent, 2 maillons brisés qui s'unissent enfin. Chanel est une marque populaire alors à défaut de célébrer cette étreinte autour d'un cocktail Pastis-Champagne follement typique et fabuleusement rafraîchissant, la rue Cambon a accouché du soulier idéal pour se la jouer cool à St Barth. Idéal également pour planquer une pédicure en fin de vie, car si ce n'était pas le cas, le pied serait soit nu (on est en vacances oui ou merde) soit en Havaïnas parce que le ponton ça brule et que par ailleurs il y avait une édition limitée Gisèle feat Beyoncé. Edition vintage de surcroit puisque Gisèle est maintenant chez Chanel. (Les liens du sang ne mentent jamais. Cœur avec les doigts)

La femme Chanel est une femme de goût. Elle portera donc ses espadrilles écrasées aux talons, assorties d'une tunique loose et d'un panier tressé. Une sorte de "je t'en supplie fais pas gaffe à mes cheveux, j'ai passé une nuit pas possible, j'ai la dalle, tu peux me faire un jambon cheese, ou même un homard grillé je m'en fout".

Et puisque la femme Chanel qui est détendue des orteils n'en est pas moins une femme de son temps, on en vient toujours à la même conclusion:

dimanche 8 février 2015

Le bonheur en dose d'essai



J'aime beaucoup les échantillons dans les magazines. Moi je lis plutôt la presse féminine, celle où l'on distribue du fond de teint, du shampoing et du mascara censé allonger tes vrais cils jusqu'à ce qu'ils paraissent faux. J'imagine que si je lisais Auto-Moto, je récolterais des magnets Claudia Schiffer, des lingettes de polish, ou des sapins parfumés à l'envie de vomir. En fait ça n'a aucune importance car ce que je préfère dans l'échantillon, c'est la colle. Oui, l'espèce de colle bizarre qui s'étire tout doucement et qui laisse une marque grasse sur le papier quand elle a fini son travail. Cette matière mi-silicone, mi-UHU qui se transforme si parfaitement en fausse crotte de nez à la minute où elle quitte la page beauté de votre magazine. Imaginez: Il est 12h03, et Eva Longoria à peine photoshopée, vous offre sa crinière brune et le secret qui va avec parce qu'elle estime que vous le valez bien. Sympa Eva. Vous tirez sur le secret. Mais tout doucement, parce que c'est comme quand on lèche le chocolat entre les 2 biscuits du Prince (on s'en reparlera, pas de panique) il faut faire doucement, sinon c'est pécher, c'est un massacre, un sacrilège, un motif d'emprisonnement. Et puis surtout, ça casse la colle et ça déchire la page. Bref, vous avez décollé l'échantillon tout doucement, vous avez laissé la bonne petite marque bien grasse sur la bajoue à Vava, et bam, 12h04, la boulette fait choinkchoinkchoink entre vos doigts potelés. Vous allez le garder l'échantillon. Evidemment. Parce que vous aimez bien Eva Longoria, et puis en plus elle a de beaux cheveux. Mais quand vous serez sous votre douche et que vous aurez bataillé sévère pour ouvrir le petit sachet qui brille (doigts tout mouillés + savon + encoche invisible), que vous sentirez bon le propre et les studios Hollywoodiens, alors vous vous sentirez star, vous vous sentirez belle, vous vous sentirez bien. Oui c'est vrai. Peut être même que vous vous ferez un brushing en secouant la tête de droite à gauche, et en faisant des petits bruits comme ça: Ahahhhhaaa. Mais vous ne serez jamais aussi heureuse qu'au moment où vous referez une autre petite boulette de crotte-en-colle. Non, jamais.


A part ça, dans le genre échantillon, l'illustration que vous voyez plus haut est issue du travail de mon amie Vesna Vuckovitch. 

mercredi 14 janvier 2015

Charlie par ci, Charlie par là


Depuis plusieurs jours tout le monde s'appelle Charlie. C'est comme ça, il y a des modes. Rappelez-vous, il y a quelques années, on avait eu une recrudescence de Kevin après la sortie de Danse avec les Loups. Il faut vivre avec son temps comme on dit, mais là c'est un peu moins dansant comme concept. 
Les gens s'aiment au point de s'appeler tous pareil. Ici c'est tout ou rien. C'est un peu bizarre mais ok, pourquoi pas. Dans un sens c'est mieux dans ce sens. 
Me voici donc à la caisse de la FNAC face à un être mi-homme mi-rien arborant un badge "Je suis Charlie" en lieu et place de celui mentionnant son nom de baptême, Kevin probablement. Je nous évite à tout les deux la vanne superflue et je débarrasse très vite le plancher avec Jane Austen au bout du bras, qui heureusement n'a pas eu à supporter ça. Ce matin, comme tous les matins depuis quelques années (j'en tairais le nombre pour ne pas rompre le mystère qui auréole mon éternelle beauté cernée), ce matin donc, je me réveille. Et non seulement je me réveille, ce qui en soit est déjà un événement, mais de surcroit je me réveille en écoutant les infos. Erreur. J'apprends donc qu'un des manifestants de dimanche dernier a spontanément embrassé un CRS. J'ai un profond respect et une très grande admiration pour le travail qu'a fait la police que ce soit bien clair, mais là ça y est c'est fait, le plafond du ridicule est touché. Non, pardon, il est crevé. Il y a une semaine on vivait dans un monde de chacal, un monde où les CRS étaient des SS, un monde où les ados jouaient à Candy Crush vautrés sur les banquettes du métro pendant que les femmes enceintes se dandinaient dans tous les sens pour trouver 50cm2 de verticalité oxygénée, un monde où l'on ne se connaissait pas, où l'on se bousculait sans dire pardon et où l'on se fichait éperdument de Charlie Hebdo que de toutes façons on n'avait jamais lu. Et là, on embrasse un CRS comme un vieux pote à la fin d'une soirée de nouvel an. Viens ici mon poulet que j'te claque un bécot. J'te kiffe, et en vrai j't'ai toujours kiffé. Respect man. C'est quoi la prochaine étape? Les taxis vont arrêter de prendre des raccourcis qui rallongent? Les serveurs vont dire bonjour en entier? On va arrêter de dire connard quand on conduit? Moi je vote pour le bouquet de fleurs aux contractuelles. C'est pas facile de bosser sous la pluie et de se faire insulter tous les jours. Rappelez vous Marie Pervenche, sous sa panoplie de gendarme battait le cœur d'une femme…
Mais la question que je me pose en réalité est la suivante: Est-ce que tout cela va durer? (Très sincèrement je l'espère. Au moins jusqu'à 2017 en tous cas). Est-ce que Je suis Charlie va devenir une expression française ? Et dans ce cas, elle voudra dire quoi? Est-ce qu'elle voudra dire: Je suis gentil? Je suis compatissant? Je suis avec toi dans la douleur? ou Je me suis réveillé un peu tard mais ça y est j'ai compris?
Prenons un exemple très concret dans le quotidien de ceux qui vont avoir besoin demain et après-demain des Charlie d'aujourd'hui. Je rappelle qu'il s'agit des personnes nouvellement compatissantes/unies/solidaires/prêtes à tout pour construire main dans la main un monde meilleur où je suis l'autre et où l'exclusion est exclue. Bref, dans notre exemple un enfant handicapé veut jouer avec des enfants dit "normaux" (moi je dirais "banals") dans un square. Ces derniers le rejettent et partent en criant "Aaah v'la l'handicapé…". Est-ce que les parents vont enfin lever leur cul du banc en expliquant à leur mioches (qui ont probablement défilé place de la République) qu'ils ne sont pas très Charlie sur ce coup là?
Puisque maintenant nous sommes tous unis et solidaires, est-ce que cela inclus aussi la minorité dérangeante? Celle que l'on cache? Et puisque maintenant, Charlie Hebdo est le journal préféré de tous les français, même ceux qui n'en avaient jamais entendu parler ou qui crachaient dessus, est-ce qu'on peut espérer que le même miracle se produise pour les handicapés? Tout à coup non seulement on arrêterait de les prendre pour des animaux (petits châtons trop chou, ou rats dégueu), mais en plus on les aiderait vraiment. Pourvu qu'on n'aie pas à les buter pour ça.
Sur ce, bonne journée de la part de quelqu'un qui est quand même ravie que le monde soit un petit peu plus doux et civilisé.