mardi 21 septembre 2010

Je t'aime donc je t'anesthésie



Ma mère m'aime. Elle me l'a dit.
Elle me l'a dit juste après m'avoir offert de m'emmener voir le chirurgien pour me faire opérer des yeux.
Oui parce que vraiment "tes cernes c'est plus possible, je peux pas te laisser comme ça, t'étais si belle, ça peut pas continuer, t'es complètement défigurée".

Donc voilà.
Le bistouri c'est LA preuve d'amour maternelle du 21ème siècle.
Fut un temps, pour gâter la petite princesse, on lui offrait une jolie robe.
Là on lui offre une combi en intissé jaune pipi qui s'attache dans le dos avec le bonnet et les chaussons assortis.
En un sens c'est assez pratique. Ca évite de passer 14h chez le coiffeur et de se casser la tête sur la couleur des chaussures.

Après à la place des cernes j'aurais 2 steack sous les yeux.
Des steack vivants qui pourront passer du bleu au rouge en passant par le jaune et le vert.
Mais là je pense qu'il y aura une ouverture pour que je me fasse offrir une paire de Ray Ban.
Et ça c'est seulement le premier avantage.

Pendant toute la durée du steack-house technicolor je vais pouvoir feindre une immeeeense fatigue.
Oulala comme je vais être fatiguée.
Je sens que je vais avoir besoin d'aller au SPA Nuxe au moins 2 fois par semaine.
Et puis malheureusement, je vais être dans l'impossibilité de remplir mes devoirs maternels.
Mon fils va devoir traverser Paris sans moi.
Maman chérie, tu veux bien t'en occuper, j'ai mal aux cernes.

Bon, alors si je fais le point:
1 paire de Ray-Ban, un abonnement au SPA Nuxe, 10 jours de glande intégrale.
Roule pour la charcuterie.

Après quand j'aurais plus ces cernes qui me "défigurent" j'aurais des cicatrices et donc une bonne excuse pour repasser sur le billard.
Mais là je vais pas jouer petit. 2 opérations quand même, c'est rude.
Je vais viser le SPA Shiseido de la Mamounia et le Chanel vintage parce que sinon je sens que je vais être trrrrès déprimée.
Et quand on pleure on se fait des vilaines rides, qu'il faut aaaabsolument remplir de botox...

Photo: Gilles Barbier

dimanche 19 septembre 2010

Un trône, une histoire de prestige.



Je dois choisir la pièce maîtresse de mon cabinet d'aisance.
Globalement je dois acheter mes chiottes.

Alors pour tous ceux qui n'ont jamais fait de travaux et qui se sont bêtement contentés de passer un coup de Javel en emménageant, je dois signaler qu'il y a cuvette et cuvette, abattant et abattant.
Oui Madame.
Parce que si vous croyez qu'il n'y a pas un marché de la cuvette, haha, vous vous fourrez le doigt dans l'œil, jusqu'au sphincter.

Primo, ça commence aux alentours de 80€ et ça s'envole à 999.
Kwaaa? 999€? Mais ils sont en or, c'est pas possible? Non, non, non, ils sont juste carénés jusqu'au mur (oui comme une voiture) et ils ont un abattant avec descente progressive.
Alors cékoidon un abattant à descente progressive?

Application sur le terrain:
Vous n'êtes plus célibataire et oh joie, l'homme qui partage votre nid douillet, a l'extrême amabilité de relever la lunette quand il fait son petit pissou.
Si vous n'avez pas l'indispensable abattant à descente progressive, ça va faire un énorme "bam" quand il va le baisser et le lâcher. Alors que là, "pfiuuu", toute en douceur et en moltonel épaisseur triple.
La classe. On appelle ça aussi un frein de chute.
Je suis devenue ultra balèze en cuvette.

Puis vous avez les noms des modèles. Parce que s'ils n'avaient que des numéros, ce serait moins la marade.
Celui à 999€ s'appelle "Escale". A ce prix là mes invités me feraient le plaisir de faire une loooongue escale aux petits coins. Voire même d'y passer les vacances.
Nous avons aussi le modèle "Rêve". Très proche physiquement d'Escale mais qui ne coûte que 759€. C'est parce qu'il n'est pas entièrement caréné. Rrrooohhh la honte.
Mais bon, il parait qu'il a une hauteur confortable de 41cm, d'où l'endormissement, et le rêve. Moi je veux bien la même drogue que les gars qui ont trouvé le nom. Apparemment elle marche super.
Après on a "Métaphore". Métaphore de quoi? Le message délivré me parait quand même assez clair. Ou alors c'est un divan qu'il fallait installer et là j'ai pas la place.
Nous terminerons par Charming et Lovely qui me font réaliser que finalement quand mon fils fait sa petite crotte c'est tout à fait Lovely et quand il fait son petit pipi joli c'est so Charming, alors pourquoi pas.

Voilà, personnellement, je vais me contenter d'une petite entrée de gamme (à double chasse quand même. On est pas des bêtes).
Et pour tous ceux qui viendraient visiter mes commodités je vous prie à l'avance de bien vouloir m'excuser de ne pas leur offrir du rêve ou une escale vers je ne sais quel croisière en eau incroyablement bleue.

Et pour citer les grands classiques qui ont marqués mon enfance: "moi quand c'est comme ça j'me baigne"

jeudi 16 septembre 2010

Bad hair day


Ce matin j'emmène mon fils à l'école et mis à part son grand show anti-school, on peut dire que mes yeux ravis ont eu du nouveau au petit déjeuner.

Pom-pom-pom, je me débarrasse de mon mouflet et je démarre mon bolide.
Traduction: je me déchire le cœur devant la porte de l'école, et je remonte dans la Modus de ma mère.
Et alors après je remarque que la plupart des femmes de mon âge sont coiffées pareil dans la rue.
Une sorte de crottouille au sommet de la tête.
La même que celle qui surmonte mon auguste crâne actuellement.

Si on était dans un backstage de défilé pendant la fashion-week, on appellerait ça un attaché-détaché-flouté (on the upper side of your head sweety, oohhh you're too cute mwa mwa mwa).

Dans la vraie vie ça s'appelle un "chignon-douche"

Oui, la femme moderne, celle qui met des slim et des stilettos, celle qui se maquille nude et qui se tartine de crème sans paraben, cette femme là, Mesdames Messsieurs, sort avec son chignon douche.
Waa la claque.

Je pensais que j'étais la seule rebelle du coin, surtout que j'habite le 15ème.
Bah non.
Même ici, on est toutes en mode crotouille à 8h30 du matin.
Peut-être qu'une fois dans le métro, mes nouvelles copines capillaires passent à la phase détachage sauvage-secouage au ralenti-volumage Schwarzkopf.
Qui sait?

En attendant pour faire la révolution dans mon quartier je pense que je vais oser le cheveux mouillé.
Non, n'essayez pas de me retenir. Je suis une grande gueudin.

mardi 14 septembre 2010

Miroir mon beau miroir...


Je suis allée dans une boutique de fripes.
Meeeuuuh non, pas la fripasse qui sent le pourri.
Non ma chère. Du textile noble avec une étiquette spécial frime.
Du St Laurent et du Chloé, du Missoni et du Marc Jacobs.
Anna Wintour aux commandes.
Bon et puis si on veut être tout à fait chic, je vais même vous préciser que cette boutique is in London.
Je ne vous dirais pas où parce que je tiens à rester select.
C'est mon côté dinners club.

Bref, me voici dans cette caverne d'Ali Baba pour modeuse fauchée.
Tout est beau et classé par couleur.
Inutile de me fatiguer sur du rose ou du jaune qui me vont comme des moufles à un lapin.
Je peux directement aller baver sur le vert, il y en a tout un portant.
Slurp.

Bon, c'est là qu'on tâte la différence entre la Couture-couture et la Redoute-redoutable.
Mais quand il y avait ma taille, il n'y avait aucune raison que je m'achète une robe en lamé, et quand il y avait une robe d'un vert parfaitement lumineux et vaporeux, il n'y avait qu'une sorte de 36 ridicule.
Bref, chou blanc.

Mais j'ai remarqué tout de même une chose.

Il y avait une jeune gazelle qui comme moi était venue se rincer l'œil et accessoirement, se faire rincer le portefeuille.
Elle essayait une ravissante veste noire.
En la regardant j'ai réalisé que toutes les filles font des grimaces quand elles essayent des fringues.

La plus courante étant de mettre la bouche en avant façon Keira Knightley tout en décalant légèrement une épaule en avant.
Y'en a plein des filles qui font ça.
Visiblement c'est une grimace qui ne connaît pas de frontière.

J'ai une amie qui écarte les narines. C'est pas très joli mais il semblerait que ça l'aide à mieux voir le vêtement qu'elle essaye.
Il y a aussi celles qui mettent la jambe en avant. Très utile quand on essaye un tee-shirt. Mais bon.
Moi je danse parfois. Mais seulement dans la cabine. Pour voir si je me sens bien. Si je peux danser c'est que le vêtement et moi on est potes.
S'il est pas dansable alors il reste dans le magasin.

La fille dans la boutique est restée une éternité devant la glace avec sa bouche en avant, en train de tirer sur la veste pour savoir si ça lui allait ou pas. Et elle lui allait parfaitement à cette grue.
J'ai adoré assister à ça parce que d'habitude c'est moi l'indécise devant le miroir.

Voilà.
Donc, je suis repartie les mains vides mais souriante en pensant à toutes ces bouches froncées et ces épaules inconsciemment décalées devant ces milliers de miroirs.

Et toi qui a lu ces lignes en imaginant parfaitement la bouche en avant de la gazelle en veste noire, c'est quoi ton tic-miroir?


dimanche 12 septembre 2010

Politesse et hypocrisie


Je viens d'avoir une conversation téléphonique avec une amie de ma mère.
Primo je ne comprends pas comment ma mère peut avoir des amies de ce genre.
Deuxio c'est uniquement parce que j'habite chez ma mère et que cette dernière n'est pas là aujourd'hui, que cette fouine a eu l'honneur de tomber sur moi.
Tertio, y'a pas de tertio parce que ce serait vraiment trop.

Bref, je réponds très gentiment comme à mon habitude.
"Allo Tamara?" (oui je sais ma mère a un prénom ultra classe)
" Non, Sandroushka"
"Ah c'est drôle t'as la même voix que t'as mère"
"C'est Marie?"
"Non c'est Méchanta" (nous l'appellerons comme ça par souci de confidentialité).

Alors là moi, de souriante inside je passe à noireaude inside-outside-over partout.

"Ah salut"
Bon je vous passe le "ta mère est pas là?, bla bla bla..."

Le fait est que le début de l'échange fut simplement poli.
Elle s'abaisse à me poser des questions sur ma vie, moi je consens à lui répondre.
Oui, non, c'est ça, voilà, 8ans...

Puis je m'aperçois que mes réponses se font de plus en plus longues.
Comment, qu'entens-je? Qu'ouis-je? Qu'accoustiquais-je?
Ne serais-je pas en train de faire la conversation à Méchanta? Celle que j'ai honnis, bannis, vomis pendant des années.
Parce que très sincèrement, je préférerais raconter ma vie à une crotte de mouton qu'à cette vipère.

Et c'est là que je me demande où se situe la limite entre la politesse et l'hypocrisie?
Qu'est-ce qui fait que l'objet de toutes les foudres, puis de tous les mépris, transforme une passionaria en première dame bien dressée?

Je crois que c'est l'horrible poids des années et l'éducation qui finalement arrivent à se frayer un chemin jusqu'au cerveau, qui tout à coup réalise qu'une ado revancharde de bientôt 40 ans c'est absolument ridicule.

Donc voilà, à 37 ans, enfin, la bave du crapaud n'atteint plus la blanche colombe. (Qui entourloupe finement le batracien pour qu'il aille voir ailleurs et qu'il lui foute enfin la paix).
Merde à la fin.

Photo: Martin Parr