Chaque jour apporte sa petite minute de joie mais aussi sa petite minute de "ah tiens si je me tirais une balle dans la bouche". Hier c'était mercredi ce qui pourrait être une joie en soi puisque c'est le jour des enfants. Donc mon fils était au centre de loisirs, ce qui implique que moi aussi sauf qu'on n'est pas centrés pareil et qu'on n'a pas les mêmes loisirs. Fin de journée, fin de la récré, il faut remplir le frigo, direction le supermarché. Là encore on pourrait déjà cocher la case mauvaise nouvelle. Tsstt, tsstt, tout doux bijou, on se calme. Un supermarché, c'est super, c'est écrit dessus. Il y a de super escalopes de poulet tellement super bien emballées qu'elles transpirent un jus qui ressemble à du blanc d'œuf, des super tomates qui resteront super rouges jusqu'à dans 2 semaines et même des super fraises à quelques pas des premiers calendriers de l'Avent. Super. Je remplis mon caddie jusque là et je passe à la caisse. Bonne nouvelle il n'y a que 2 personnes devant moi. Mauvaise nouvelle, la caissière aime l'opérette. Non, rectification, la caissière adore l'opérette, adore son boulot et a décidé de nous faire patienter en musique. Et la musique c'est elle. Une sorte de beatbox mais sans le beat. Un ersatz de mélodie réservé aux mélomanes, aux vrais de vrais. Cette fois, je pense qu'il est tout à fait approprié de me tirer une balle dans la bouche. Pan. Il semblerait qu'elle compose elle même ses chefs d'oeuvre car elle ne roucoule qu'en Mmmmmm. Sapristi, il lui manque un parolier. C'est fort dommage. J'aurais adoré l'entendre rouler les R et onduler de la glotte au rythme des bip bip. Aaaahhh, c'est l'ammoouurrrr qui vous amène à moiiiii. bip, bip, bip. Vous n'avez pas pesé vos oranges monsieur. Oui je vous attends. Mmmmm, l'ammoouurrrrr c'est un cadeau de la viiiii-euuuuu. Vous avez la carte Carrefour? Non? 23,15. Merci Monsieur, au revoir Monsieur. A nous. Bonjour Madame. Bip, bip, bip, Viens z'à moi mon n'amouuuurrr, je serais ton rrrrooocher…. Alors là d'accord. En revanche des Mmmmm pendant exactement 17minutes j'ai cru mourir. Mais le vrai problème dans ce genre de situation c'est que la caissière, même s'il est absolument évident que tout le monde a envie de l'égorger avec le premier emballage à ouverture facile qui passe, et bien cette caissière là vous êtes obligée de lui sourire sinon c'est vous la méchante. On n'aboie pas sur une ritournelle lorsqu'elle est offerte de bon cœur comme dirait l'autre. Du coup vous en venez à regretter la blonde d'en face. Celle qui ne dit pas bonjour. Celle qui vous jette la boite d'œufs au bout du truc en fer, et qui balance les boites de thon par dessus. Vous en venez à adorer la rareté du merci parfois même privé de sa première syllabe. Vous en venez à haïr cette pauvre femme qui préfère faire mmmmmm dans les courants d'air pour oublier qu'elle va soulever des pack de Cristalline jusqu'à 21h. Sale bête de caissière de mes deux. A cause de toi je déteste l'opérette, je te déteste et je me déteste de te détester. En plus je ne peux même pas retourner au rayon du chocolat pour me calmer parce que sinon je dois refaire la queue. Sadique.
Je paye, je franchis les portes automatiques aussi intensément que le gars de Midnight Express, et soudain mon esprit ivre de bonheur passe d'Alan Parker à Laura Ingalls. J'ai envie de courir et de sauter comme dans le générique de La Petite Maison dans la Prairie, mais sans la gamelle à la fin. A la place je m'installe au volant de la Modus, et pour me signifier que la médisance est vraiment un pêcher atroce, le petit Jesus place devant moi une voiture d'Auto Ecole. Alors pour passer le temps pendant que je remonte la totalité de la rue d'Alesia en 1ère, je chante: Mmmmmmm mmmmm mmmm, viens z'à moi mon n'amouuuurrr, je serais ton rrrrooocher… Bitch!

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